Il s'est inscrit dans la grande histoire de la musique française dès 1984 avec le titre « Cargo ». Quarante-deux ans après il sort son huitième album, « Grand 8 ». L'occasion pour nous de revisiter les huit albums studios qui ont parsemé la carrière d'Axel Bauer.
Les Nouveaux Seigneurs (1987) : « Les Nouveaux Seigneurs » fleure la fin de la new-wave et des années 80, avec un son très typé, légèrement clair et daté. Les mélodies n'ont pas à rougir et une certaine personnalité s'affiche déjà dans la tracklist éclectique, de l'hispano « Jessy » à l'ambiance asiatique des « Nouveaux Seigneurs ». S'il n'a pas la maturité des albums qui suivront, ce premier disque jette néanmoins les bases du parcours artistique qui reste à définir. A noter une reprise du « Sex Machine » de James Brown.
Sentinelles (1990) : Plus sombre et plus rock, « Sentinelles » avance riffs en avant (« Révolution », « Le Grand Soleil »), comme en atteste le hit « Eteins la lumière ». Des morceaux tels que « Au Dessus des Villes » n'ont pas perdu leur efficacité, et le son de cet album qui ouvre les années 90 conserve sa force de frappe jusqu'à aujourd'hui.
Simple Mortel (1998) : Après huit ans de pause, Axel Bauer referme la page 90's avec des sonorités étranges (« 00 Zen») qui se tordent (« A Contre Sens », « Angel »). Le chant se fait zeppelinien (« Simple d'Esprit ») tandis qu'Axel Bauer propose son album le plus aventureux et nous entraîne à l'aveugle sur des pistes sombres et exotiques. Un travail intéressant.
Personne N'Est Parfait (2000) : Moins exploratoire et un peu trop homogène sur sa première partie, « Personne N'Est Parfait » gagne en qualité sur la durée. Cet album sombre au chant harmonieux et aux riffs rock très présents s'enrobe de suffisamment de matière pop pour être radiophonique. La setlist est de qualité et on note parmi les réussistes (« 2000 Raisons ») le titre « A Ma Place » que le Parisien partage avec Zazie.
Bad Cowboy (2006) : L'univers d'Axel Bauer est désormais bien rôdé, et « Bad Cowboys » remplit son cahier des charges les yeux fermés. Le travail d'écriture et de composition a l'efficacité d'un Pascal Obispo (« Si Je Pouvais », « Ma Liberté ») ou d'un Noir Désir (« Tu Me Tues »).
Axel Bauer chante très bien, joue très bien (les « Jam » en attestent), appuyé par des choeurs et une production très en place. « Bad Cowboys » est un bon album, quoiqu'un peu trop rempli et sans titre-leader qui sait nous retenir vraiment. Mais une tracklist bien travaillée rend cornélien l'exercice de retirer quoi que ce soit à un album aux indéniables qualités.
Peaux de Serpent (2013) : En ouvrant par « Souviens-Toi » avec une prise de son distante, Axel Bauer s'approche de l'univers hypnotique de Gérard Manset, tandis que la filiation avec Alain Bashung est évidente sur « Aveugle » et « Je Fais De Mon Corps ». Enfin, l'ombre de Serge Gainsbourg vient planer sur « L'Enfer ». Tout cela est trop évident pour n'être que le fruit du hasard. Caméléon, « Peaux de Serpent » s'éloigne de ses aînés le temps d'un titre avec Jean-Louis Aubert, puis brise les codes rythmiques habituels avec « La Chasse A L'Instant ». Un album à l'effet parchwork.
Radio Londres (2022) : « Radio Londres » s'ouvre sur le titre éponyme qui rend hommage à Franck Bauer, le père d'Axel, qui prononça 517 fois la phrase historique « Ici Londres, les Français parlent aux Français » sur la radio britannique.
Plus loin, le chanteur propose une reprise d'Aragon/Léo Ferré (« Est-ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ? ») et une autre de Gérard Manset (« A Qui N'A Pas Aimé »). La façon de plaquer les textes de ce dernier ne semble d'ailleurs pas si éloignée d'une saillie comme « Tout L'Or du Monde » et de quelques autres morceaux. Dans son ensemble, « Radio Londres » est plus posé que ses prédécesseurs. Plus apaisé, d'une maturité totale, il place Axel Bauer au sommet du rock français, contribuant à tresser la couronne de lauriers d'un artiste désormais incontournable qui livre ici l'une de ses productions les plus abouties.
Grand 8 (2026) : Il fallait un grand album pour succéder à « Radio Londres » ; c'est chose faite ! « Grand 8 » est la réponse rock à son prédécesseur de 2022. Plus incisif, plus sombre, il vous harcèle avec « L'Enfant Prodigue », donne l'assaut avec « Merde à la Mer », sur lequel Brigitte Fontaine a fait des merveilles qui fonctionnent à chaque fois.
Le nouvel album se tient sur des chemins balisés par quatre décennies de carrière, mais il exploite son parcours avec talent. Axel Bauer livre ce qu'il a à dire d'une écriture fine, mathématique, parfois, comme celle de Gérard Manset (« S'En Aller Tout Quitter », « Quel Incendie », « Il Pleure Dans Mon Coeur »). Les rythmiques déployées sont particulièrement efficaces pour porter de belles lignes de guitares (« La Vie Comme Une Rivière », « Freedom »). La production et les arrangements font sonner ce « Grand 8 » comme il convient. Si des titres servent de locomotive et marquent les esprits (« L'Enfant Prodigue », « Merde A La Mer », « Escalator »), il n'y a aucun titre faible. En quarante ans de carrière, Axel Bauer a balisé son chemin sans se perdre. Il sait donc plus que jamais où il va et il nous propose, pour ouvrir cette année 2026, un album de rock qu'on aura tort de contourner car il est aussi l'un des sommets de sa discographie.
TREMONTI l'enfant chéri des critiques ? On le dirait bien à la lecture des webzines français ! Dès 2010 le guitariste de Creed et d'Alter Bridge envisageait d'utiliser du matériel de composition qui ne convenait ni à l'un ni à l'autre de ses groupes. Deux ans après sortait « All I Was », le premier Tremonti. En 2025, avec une équipe presque inchangée, Tremonti fait l'unanimité avec son sixième album, « The End Will Show Us How ».
Retour sur six galettes de metal moderne... Par Ahasverus
. All I Was - 2012 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, basse, chant), Garrett Whitlock (batterie)
Pour son premier album en nom propre, Mark Tremonti bétonne sa production en faisant appel à Michael Baskette (Alter Bridge, Limp Bizkit) auquel il est toujours fidèle, et à Ted Jensen (Eagles, Green Day). Dès le premier titre le songwriting est intéressant, alternant riffs grunge (« Leave it Alone », « Brains ») et accélérations thrash (« So You're Afraid », « You Waste Your Time »). « All I Was » peut tout aussi bien évoquer Metallica (« Giving Up ») que Pearl Jam (« Proof »), tout en imposant une touche personnelle et unie. L'expérience parle, la réussite est certaine, y compris pour le chant que le frontman maîtrise parfaitement mais qu'il n'aura de cesse d'améliorer. Sombre et mélodique, « All I Was » prend place dans les charts autrichiens et néerlandais. Il entre dans le peloton de tête de divers classements US. Pari plus que réussi pour Tremonti.
. Cauterize - 2015 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, chant), Wolfgang Van Halen (basse, chant), Garrett Whitlock (batterie)
Misant sur la même équipe de production et renforçant sa section rythmique par Wolfgang Van Halen, qui lui confère aussi un regain de visibilité, Tremonti accentue la partie thrash de sa musique (« Radical Change », « Cauterize », « Arm Yourself ») et affirme son chant (« Sympathy ») en priorisant les propositions mélodiques. La recette reste globalement la même que sur le fondamental « All I Was », saupoudrée de dissonnance grunge et doom (« Flying Monkeys », « Dark Trip », « Fall Again »). L'inspiration et le talent sont au rendez-vous. « Cauterize » se classe trente-quatrième des charts autrichiens et néo-zélandais et vingt-troisième au Royaume-Uni.
. Dust - 2016 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, chant), Wolfgang Van Halen (basse, chant), Garrett Whitlock (batterie)
Livré un an après « Cauterize », « Dust » est enregistré en 2014 et 2015, soit en même temps et dans les mêmes conditions que l'album précédent. Nombre de chroniqueurs souligneront le risque du pari artistique de Tremonti mais c'est pour mieux reconnaître que l'Américain s'en sort haut la main, avec de nouveaux titres puissants et mélodiques (« My Last Mistake », « Betray Me », « Catching Fire ») savamment tempérés par quelques power ballads que n'aurait pas dédaigné Myles Kennedy (« Unabble to See »). La critique souligne par ailleurs l'excellence du chant et du jeu de guitare du frontman. « Dust » se taillera de belles places dans les charts européens, avec en point d'orgue une seizième position au Royaume-Uni.
. A Dying Machine - 2018 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, basse, clavier, chant), Garrett Whitlock (batterie)
Ce quatrième long format (plus d'une heure dans sa version initiale !) est un concept-album accompagné d'un pendant littéraire écrit par Mark Tremonti et par l'écrivain américain John Shirley, qui a notamment réalisé quelques lyrics pour Blue Öyster Cult. Il n'est donc pas étonnant que la musique, en restant attachée à ce que le groupe présentait jusqu'alors, puisse prendre un caractère progressif (« A Dying Machine », « Make it Hurt »). « A Dying Machine » voit Eric Friedman reprendre la basse après le départ de Wolfgang Van Halen. L'album obtiendra de bonnes places dans les charts européens, et plus encore dans les Billboards américains.
. Marching in Time - 2021 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, basse, clavier, chant), Tanner Keegan (basse, chant), Ryan Bennett (batterie)
Plutôt fidèle aux équipes avec lesquelles il travaille, Mark Tremonti fait appel pour la première fois à Brad Blackwood (Maroon 5, Black Eyed Peas) au mastering à la place de Ted Jensen. Pour ce nouveau pavé de cinquante-huit minutes, Ryan Bennet remplace Garrett Whitlock, parti rejoindre Wolfgang Van Halen, derrière les fûts du Mammoth WVH. Tremonti, de son côté, fusionne dans son metal moderne des riffs sombres (« A World Away », « Would You Kill ») et des mélodies omniprésentes (« Now And Forever », « Thrown Further », « The Last One Of Us », « Under the Sun » ). Le résultat est efficace, le panorama varié. L'album est bien accueilli, le Royaume-Uni lui octroyant même la première place de l'OCC (The Official UK Charts Company Limited) dans la catégorie rock et metal.
. The End Will Show Us How - 10/01/2025 Line-up : Mark Tremonti (chant, guitare), Eric Friedman (guitare, basse, clavier, chant), Tanner Keegan (basse, chant), Ryan Bennett (batterie) Après l'incartade « Mark Tremonti Sings Frank Sinatra » (2022) qui en dit long sur la confiance que le musicien a pris dans sa voix et sur ses progrès, Tremonti revient début 2025 avec un douze pistes. A de rares exceptions près (« I'll Take My Chances »), « The End Will Show Us How » est beaucoup plus posé que les premières propositions du groupe, qui ne s'emballe plus dans les rythmiques thrash de ses débuts pour privilégier le mid-tempo. Il peut fugitivement rappeler le prog de Vola (« The Mother, The Earth and I ») ou le metal alternatif de groupes tels que Malemort et Molybaron (« The Bottom »).
Plus accessible que dans le concept-album qu'il sortait en 2021, Tremonti s'est éloigné de ses influences premières pour atteindre une maturité maximale et un son personnel séduisant (« All The Wicked Things »). Puissant et moins nerveux qu'à l'accoutumée, il continue d'avancer, et son allure lui permet d'autant mieux de faire le coup de feu avec précision qu'elle est modérée (« Just Too Much », « Nails »).
L'expertise place désormais Tremonti en première ligne des formations qui comptent dans le metal international. Enfant chéri que les critiques placent sur le même piédestal qu'Alter Bridge et Creed, les autres projets de son admirable leader, Tremonti-le-groupe fait l'unanimité dans la presse française spécialisée. Son album témoigne d'un savoir-faire et d'une musicalité avérés ; son excellence devrait emporter vos suffrages.